Publié en 1975, « Animal Liberation » est l’un des ouvrages fondateurs de l’éthique animale contemporaine, il a été traduit dans une vingtaine de langues et s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires. Retour sur les étapes qui ont conduit à sa parution.
1965
En Angleterre, les années 60 sont marquées par les premières critiques d’ampleur de l’élevage intensif. La publication en 1964 de « Animal Machines » de Ruth Harrison fait grand bruit et entraîne la mise en place des premiers contrôles des élevages et abattoirs.
L’année suivante, le Sunday Times confie le premier texte d’une nouvelle rubrique dédiée aux positions minoritaires dans le débat public à la romancière britannique Brigid Brophy. Intitulé « The Rights of Animals » (Les droits des animaux), l’article questionne la moralité de l’exploitation animale et insiste sur la rationalité des raisons de s’y opposer. Il a été l’un des déclencheurs du renouveau contemporain du mouvement des droits des animaux.
1969
En 1969, le psychologue britannique Richard D. Ryder publie une série de trois lettres dans le Daily Telegraph pour dénoncer la brutalité de l’expérimentation animale. Brigid Brophy le met alors en relation avec trois doctorants en philosophie de l’université d’Oxford qui s’intéressent eux aussi à une meilleure prise en compte des intérêts des animaux non humains.
À partir de cette rencontre se constitue un cercle informel de discussion et de militantisme qui deviendra par la suite connu sous le nom de « Groupe d’Oxford ». Bientôt rejoint par d’autres chercheurs, étudiants et intellectuels réunis autour d’une réflexion sur les implications éthiques de pratiques telles que l’expérimentation animale, l’élevage ou encore la chasse, le groupe fut au cœur de l’émergence du débat contemporain sur les droits des animaux.
1970
Souhaitant diffuser les idées développées au sein du Groupe d’Oxford au-delà du cadre universitaire, Richard D. Ryder rédige en 1970 un court tract intitulé « Speciesism ». Imprimé et diffusé à Oxford, il s’agit de la première occurrence du terme dans une publication.
Construit par analogie avec les notions de racisme et de sexisme, le concept désigne la discrimination fondée sur l’appartenance à une espèce biologique. Ryder soutient que le fait d’accorder une considération morale différente à des individus en raison de leur espèce constitue un préjugé comparable, dans sa structure, à d’autres formes de discrimination fondées sur des caractéristiques moralement non pertinentes (couleur de peau, genre, etc.). Le concept de spécisme deviendra rapidement central dans les discussions relatives au statut moral des animaux.
1971
Inspirés par l’article « The Rights of Animals » de Brigid Brophy, plusieurs membres du Groupe d’Oxford entreprennent de réunir dans un même ouvrage les réflexions philosophiques développées depuis la fin des années 1960 sur les relations entre les humains et les animaux non humains.
En 1971, ils publient « Animals, Men and Morals: An Inquiry into the Maltreatment of Non-humans », qui rassemble treize essais sur les implications morales de l’exploitation des animaux dans différents domaines, notamment l’élevage, l’expérimentation animale, la chasse et l’alimentation. Révolutionnaires par la qualité de leur argumentation et leur ambition, ces essais insistent sur la rationalité des arguments en faveur de la fin de l’exploitation animale.
1973
Suite à la publication de « Animals, Men and Morals », le philosophe Peter Singer en publie une recension dans l’édition du 5 avril 1973 de la New York Review of Books. Elle fera connaître les thèses développées au sein du groupe d’Oxford à un lectorat plus large que les cercles universitaires britanniques.
Par analogie avec les mouvements sociaux contemporains de Black Liberation, Gay Liberation et Women Liberation, il mentionne pour la première fois l’idée d’Animal Liberation. Ce choix terminologique vise à inscrire la condition des animaux non humains dans le prolongement des réflexions sur les discriminations et les rapports de domination.
1975
Deux ans plus tard, Peter Singer reprend cette formule comme titre de son ouvrage « Animal Liberation ». Traduit dans plus d’une vingtaine de langues et régulièrement réédité, il est considéré comme l’un des textes fondateurs de l’éthique animale contemporaine et du mouvement moderne de libération animale.
Singer y examine les principales formes d’exploitation des animaux dans les sociétés contemporaines et, fidèle à la pensée utilitariste, fait de la capacité des êtres sentients à éprouver des souffrances le critère moral pertinent pour déterminer quels intérêts doivent être pris en considération, indépendamment de l’espèce à laquelle appartient chaque individu. L’ouvrage bénéficie d’une diffusion internationale et contribue à populariser les débats relatifs à la condition animale auprès d’un large public.
