1969 – Création du Groupe d’Oxford

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À la fin des années 60, un groupe principalement composé de jeunes philosophes se forme à l’Université d’Oxford autour de Richard D. Ryder. Il fut au cœur de l’émergence de l’antispécisme et du mouvement contemporain pour les droits des animaux.

Origines

L’origine du groupe d’Oxford remonte à l’année 1969. À cette époque, le psychologue britannique Richard D. Ryder exerce à l’hôpital Warneford d’Oxford. Son activité professionnelle l’expose à la réalité brutale de certaines pratiques d’expérimentation animale alors couramment utilisées dans la recherche biomédicale 1.

Souhaitant attirer l’attention du public sur ce qu’endurent les animaux, Ryder publie entre avril et mai 1969 une série de trois lettres dans le Daily Telegraph. Dans la première, intitulée « Rights of Non-Human Animals » (Les droits des animaux non humains), il critique l’usage des animaux dans la recherche scientifique et plaide pour une prise en compte plus large de leurs intérêts 2.

Ces prises de position retiennent l’attention de la romancière et essayiste Brigid Brophy, dont l’article « The Rights of Animals« , publié dans le Sunday Times en 1965, avait déjà contribué à lancer le débat sur la condition animale au Royaume-Uni. Brophy met alors Ryder en relation avec trois doctorants en philosophie de l’université d’Oxford qui s’intéressent eux aussi à l’extension de la philosophie morale aux animaux non humains : Stanley Godlovitch, Roslind Godlovitch et John Harris.

Formation et développement

À partir de cette rencontre se constitue un cercle informel de discussion et de militantisme qui deviendra par la suite connu sous le nom de « Groupe d’Oxford ». Ses membres organisent des séminaires, participent à des débats publics et diffusent des tracts consacrés notamment à la vivisection, à la chasse et à la place des animaux dans la réflexion éthique 3

En 1970, Richard D. Ryder forge le terme « spécisme » pour décrire notre attitude de discrimination à l’égard des animaux d’autres espèces. Il introduit cette notion dans un tract rédigé à l’occasion d’une manifestation organisée par le groupe, et le concept acquiert rapidement une place centrale dans les discussions philosophiques relatives au statut moral des animaux.

Le petit groupe sera bientôt rejoint par deux jeunes chercheurs en philosophie, Stephen Clark et Peter Singer 4, ainsi que par un étudiant en théologie, Andrew Linzey, alors secrétaire de la Oxford Vegetarian Society et futur directeur du Oxford Centre for Animal Ethics 5). D’autres universitaires, tels que David Wood et Michael Peters, participent également aux échanges et aux activités du groupe 6.

Bien qu’il ne constitue ni une organisation formelle ni une école philosophique au sens strict, le Groupe d’Oxford joue un rôle majeur dans l’émergence de l’éthique animale contemporaine. Ses travaux contribuent à la diffusion du concept de spécisme et au développement des fondements théoriques du mouvement moderne de défense des animaux.

Animals, Men and Morals

Inspirés par l’article « The rights of animals » de Brigid Brophy, les réflexions développées au sein du groupe trouvent une première expression collective dans la publication, le 28 octobre 1971, du recueil d’essais « Animals, Men and Morals: An Inquiry into the Maltreatment of Non-humans », dirigé par Stanley et Roslind Godlovitch ainsi que John Harris.

Notes et références

  1. Norm Phelps, The Longest Struggle: Animal Advocacy from Pythagoras to Peta, 2007, The Oxford Group, p. 205. ISBN-13 ‏: ‎978-1590561065.
  2. Richard D. Ryder, Animal Revolution: Changing Attitudes Towards Speciesism, 1989, Berg, p. 6.
  3. Robert Garner, Yewande Okuleye, The Oxford Group and the Emergence of Animal Rights: An Intellectual History, Oxford University Press, 2020, ISBN-13 978-0197508497 [archive].
  4. Robert Garner, The Oxford Group. Peter Singer était récemment arrivé d’Australie, son intégration grâce à une discussion avec Richard Keshen suite à son refus d’une sauce bolognaise carnée à la cantine du Balliol College fut décisive [archive].
  5. University of Leicester, The Oxford Group [archive].
  6. Richard D. Ryder, « The Oxford Group, » dans Marc Bekoff (ed.). The Encyclopedia of Animal Rights and Animal Welfare. Greenwood, 2009, pp. 261–262.