L’antispécisme remet en cause l’appartenance à une espèce comme critère pertinent pour déterminer la considération due aux intérêts d’un individu, il s’oppose donc au spécisme. Le terme fait sa première entrée dans un dictionnaire en 2016 en France.
Première définition
« Nommer, c’est dévoiler », déclarait Simone de Beauvoir en 1978 à l’occasion de l’entrée du mot « sexisme » dans le dictionnaire 1. Cette formule trouve un écho particulier dans l’intégration des termes « spécisme » et « antispécisme » au sein du Petit Robert en 2016, signe de leur utilisation croissante dans le débat public.
Si le mot « spécisme » était déjà entré dans un dictionnaire en 1986 en Angleterre, plus de trente ans auparavant, l’édition 2017 du Petit Robert, publiée le 19 mai 2016, est la première à accueillir le terme « antispécisme » 2. Cette consécration lexicographique a contribué à légitimer son usage et à accroître sa visibilité dans l’espace public.
Dans l’édition 2017 du Petit Robert, le terme « spécisme » est définit comme une « idéologie qui postule une hiérarchie entre les espèces », en précisant qu’il s’agit plus particulièrement de « la supériorité de l’être humain sur les animaux ». Le terme « antispécisme » y est lui définit comme suit :
Antispécisme : idéologie qui s’oppose au spécisme ; lutte contre le spécisme.
Le Petit Robert, 2016
Présentation dépolitisante
Cette reconnaissance s’est toutefois accompagnée d’une présentation discutable dans le dossier de presse consacré aux nouveaux mots de cette édition 3. Alors que l’antispécisme constitue avant tout une théorie morale et un mouvement de contestation des discriminations fondées sur l’espèce, il n’est pas listé dans la catégorie « Politique et société », mais dans celle de la « Gastronomie » où il est mis en opposition avec les « viandards » 4, terme lui aussi nouvellement intégré au dictionnaire. Une telle classification tend à réduire l’antispécisme à une simple pratique alimentaire et à occulter sa portée éthique et politique.
De la même manière que le sexisme renvoie moins à la sexualité qu’à la lutte contre les discriminations fondées sur le sexe, l’antispécisme ne saurait être assimilé à une question gastronomique. Certes, son expression la plus visible réside souvent dans le refus de consommer des produits d’origine animale. Cependant, cette pratique ne constitue qu’une conséquence concrète d’une réflexion plus large sur le statut moral des animaux. Si le boycott de ces produits occupe une place centrale, c’est parce que leur consommation apparaît comme l’une des manifestations les plus directes du spécisme, l’une des principales sources de souffrance animale causées par les êtres humains et, enfin, l’un des rares domaines dans lesquels il est possible d’agir immédiatement à titre individuel.
Notes et références
- Catherine Kerbrat-Orecchioni, Spécisme/Antispécisme, Un couple antagoniste de « néologismes militants », Neologica 2025, n° 19.
- Le Petit Robert vise à refléter les usages actuels de la langue et à rendre compte du français tel qu’il est écrit et parlé, il se distingue par son attention précoce aux évolutions lexicales et par l’intégration régulière de termes émergents avant la plupart des autres dictionnaires. L’introduction du mot « antispécisme » en 2016 en constitue une illustration notable. Plus singulièrement encore, cet ajout précède même le Wiktionnaire anglophone, dont l’entrée « antispeciesism » n’a été créée qu’en septembre 2019.
- Le Robert dévoile les mots nouveaux de l’année 2017, Dossier de presse.
- Alors définit comme : 1. Chasseur, pêcheur sans scrupule. 2. Personne qui aime la viande, qui en mange beaucoup.
