Citations de Claude Lévi-Strauss sur les animaux

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Sélection sourcée de citations du philosophe, anthropologue et ethnologue français Claude Lévi-Strauss au sujet des animaux.

La leçon de sagesse des vaches folles (2001)

Claude Lévi-Strauss compte parmi les grands penseurs de la seconde moitié du XXe siècle. Son œuvre a exercé une influence majeure et durable, à l’échelle internationale, sur les sciences humaines et sociales.

Dix ans après la découverte du premier cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (couramment appelée « maladie de la vache folle ») en France, en mars 1991 dans les Côtes-d’Armor, il publie en 2001 l’article « La leçon de sagesse des vaches folles » dans la revue Études rurales. Il y établit un parallèle entre l’alimentation carnée et un « cannibalisme élargi », et avance l’idée que la consommation de viande est appelée à disparaître, ou du moins que l’humanité s’achemine vers la fin d’une consommation de viande généralisée.

S’appuyant sur le constat que « tuer des êtres vivants pour s’en nourrir pose aux humains, qu’ils en soient conscients ou non, un problème philosophique que toutes les sociétés ont tenté de résoudre », il observe que les animaux d’élevage sont plus que jamais « impitoyablement réduits à la condition de laboratoires nutritifs », l’élevage intensif en offrant « l’illustration la plus horrible ».

Claude Lévi-Strauss est au fait des aspects scientifiques (« si l’humanité devenait intégralement végétarienne, les surfaces aujourd’hui cultivées pourraient nourrir une population doublée ») et des dimensions culturelles de la consommation d’animaux, qu’il attribue notamment à un conditionnement « dès la petite enfance ». Cependant, tout n’est pas à garder dans cet exercice d’anticipation des relations entre humains et animaux : certains développements, comme ceux consacrés au philosophe Auguste Comte, qui souhaitait voir les vaches devenir carnivores afin que leur intelligence progresse et soit mise au service des humains, apparaissent aujourd’hui pour le moins discutables.

Mais combien sommes-nous, bien avant ces événements, qui ne pouvions passer devant l’étal d’un boucher sans éprouver du malaise, le voyant par anticipation dans l’optique de futurs siècles ? Car un jour viendra où l’idée que, pour se nourrir, les hommes du passé élevaient et massacraient des êtres vivants et exposaient complaisamment leur chair en lambeaux dans des vitrines, inspirera sans doute la même répulsion qu’aux voyageurs du XVIe ou du XVIIe siècle, les repas cannibales des sauvages américains, océaniens ou africains.

Claude Lévi-Strauss, La leçon de sagesse des vaches folles (2001) 1

Notes et références

  1. Claude Lévi-Strauss, « La leçon de sagesse des vaches folles », Études rurales, janvier-juin 2001, 157-158, p. 9. [archive].